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Le déconfinement : bon pour les vieux machins de la cote ?

By Jérôme LIEURY

11/05/2020

L'incertitude étant ce qu'elle est, c'est-à-dire toujours très forte, les marchés d'actions ont encore connu quelques soubresauts cette semaine.

  1. Soit un lundi 4 mai à -4,2% pour le Cac 40 et -3,6% pour son homologue allemand Dax 30. Et si le Dow Jones est resté à peu près stable, c’était après avoir baissé de -2,6% le vendredi 1er mai, Wall Street étant ouvert ce jour-là. Tout ça à cause de la même mauvaise nouvelle : le retour des tensions entre les USA et la Chine, l’un accusant l’autre d’être responsable de la pandémie mondiale, et la menaçant de nouvelles rétorsions sur les tarifs douaniers, et donc le retour d’un thème boursier déjà bien usé, celui de la montée du protectionnisme qui peut étouffer la croissance mondiale. Quelque chose dont on n’a bien évidemment pas besoin en ce moment, et venant s’ajouter à la configuration pour le moins inquiétante du marché du pétrole, lequel avait été très durement secoué par le flash crash inédit du lundi 20 avril du contrat futur sur le WTI, la variété texane du brut, coté au Nymex (cf la lettre hebdo du 27 avril).Mais le rebond ne s’est pas fait attendre, puisque dès mardi le Cac 40 remontait de +2,4%, et le Dax de +2,5%, la bonne humeur revenant grâce à de nombreuses annonces de déconfinement progressif en cours ou à venir en Europe, et dans plusieurs états américains aussi, concomitantes à des chiffres encourageants sur la pandémie, c’est-à-dire un peu moins de malades un peu partout, un peu moins de pression sur les soignants en première ligne, et en principe un début du reflux de cette horreur encore très mystérieuse. Un rebond qui s’est fait aussi avec des cours du pétrole bien repartis vers le haut, soit dans la journée +11% pour le Brent, et +18% pour le WTI.
  2. On notera que ce rebond a passé outre un arrêt de la cour suprême allemande, la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe, rendu ce même jour et qui pèsera vraisemblablement sur les marchés un jour ou l’autre : la cour a de fait donné trois mois à la BCE pour justifier le programme PSPP de rachats de dettes souveraines sur le marché en place depuis 2015, faute de quoi elle pourrait interdire à la Banque Centrale allemande, la Bundesbank, de continuer à y participer. Un arrêt qui ne remet pas en cause le PEPP, le programme de 750 milliards d’euros lancé il y a peu pour pallier aux effets du confinement sur l’économie européenne, mais pourrait générer des complications en tous genres s’il était mis en force, alors que l’Union Européenne, on a déjà eu l’occasion de s’en apercevoir, est bien assez compliquée comme ça.
    Et un arrêt qui a suscité une remarque des plus intéressantes, portée cette semaine sur la place publique : avec l’interdiction faite à la BCE dans les traités de financer directement les Etats en achetant leurs obligations à l’émissions, et transformer ainsi une partie des dettes publiques en dettes quasi-perpétuelles et jamais remboursées, l’Union Européenne n’a pas les mêmes moyens pour traiter le grand problème actuel : la récession brutale et le risque de dépression qui s’ensuit, que les USA, le Royaume-Uni ou le Japon. De fait, dans ces pays, les Banques Centrales achètent depuis quelques temps à tour de bras le papier émis dans l’urgence par les gouvernements, et leur envoient ainsi tout l’argent dont ils ont besoin. Et “monnaie hélicoptère” est le nouveau nom de la planche à billets, qu’on se le dise.
  3. Très logiquement, les secteurs boursiers qui performent le moins bien en ce moment par rapport à leurs indices de référence, et ceci des deux côtés de l’Atlantique, sont les banques, qui annoncent pour la plupart constituer de grandes provisions en anticipation de la montée des défauts, la conjoncture étant ce qu’elle est avec le confinement, et les compagnies pétrolières, les cours du pétrole étant ce qu’ils sont pour exactement la même raison. De fait, si le rebond des cours du baril de cette semaine a beaucoup rassuré, on est encore loin du bon niveau de prix avec un Brent et un WTI à respectivement 30$ et 25$/baril environ. Et une de ces compagnies, et non des moindres puisqu’il s’agit de Royal Dutch Shell, a même annoncé réduire son dividende, soit quelque chose d’assez nouveau que d’aucuns ont pu considérer comme un signe des temps (le commencement de la fin pour ces abominables sources d’énergie fossiles qui ne sauvent pas la planète ?), même si son pendant, Total, s’est bien gardé de le faire. Très logiquement aussi, d’autres secteurs boursiers se comportent très bien malgré tout (et puisque tout est relatif), non seulement la santé, même si les grands laboratoires n’ont pour le moment pas grand- chose à offrir contre le coronavirus, ce qui peut paraître paradoxal, mais aussi la technologie, puisque le confinement accélère manifestement la digitalisation du monde, et enfin la consommation de base, puisque c’est pour le moment tout ce que le consommateur (de base) peut consommer : malgré leurs valorisations élevées, des valeurs phares de ce secteur comme L’Oréal ou Nestlé ont non seulement bien tenu dans la chute très brutale des marchés en mars, mais ont aussi vu leurs cours de Bourse revenir ces derniers temps à leurs niveaux de début d’année. C’est un fait.
  4. Ce qui nous ramène à l’éternelle question : où va le marché ? Question dont personne n’a la réponse, bien entendu, puisque personne ne peut prévoir l’avenir, surtout en ce Tout ce que l’on sait, finalement, c’est qu’il y a d’un côté des chiffres économiques un peu terrifiants, mais qui ne veulent éventuellement plus dire grand-chose, notamment des indicateurs PMI du mois d’avril effondrés au-delà de l’entendement, des prévisions “macro” toujours bien noirâtres, des prévisions “micros” pour les résultats des entreprises à l’avenant, une ambiance de défiance généralisée envers les politiques menées par tous les gouvernements, ambiance bien entretenue par les médias il faut le dire, de nombreux stratégistes de marchés qui voient la belle reprise boursière de fin mars-début avril comme un feu de paille, et la Bourse retomber dans un nouvel enfer. Mais, d’un autre côté, on voit aussi un marché boursier qui ne veut toujours pas baisser, un bon espoir de voir l’activité redémarrer sérieusement au cours de ce mois- ci, et accélérer en juin, puisque le déconfinement est enclenché partout et que les aides gouvernementales ne sont pas éternelles. Et l’idée sous-jacente que, même si rien ne sera plus jamais comme avant, tout finira bien un jour par rentrer dans l’ordre, et peut-être plus vite qu’on ne le pense. C’est d’ailleurs un peu ce qu’avait l’air de vouloir dire les marchés d’actions, qui tous ont bien fini la semaine, soit +2,6% sur les deux dernières séances pour le Cac 40 et +1,9% pour le Dow Jones ce vendredi. Des marchés portés aussi par une reprise du dialogue USA-Chine, mais tirés essentiellement par la hausse de vieux machins de la vieille économie : Saint-Gobain, Vinci, Legrand, Peugeot, Publicis pour le marché parisien, et Dow, Caterpillar, Exxon Mobil, Boeing, etc… à New-York, ce qui est plutôt bon signe. Allez savoir…
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